« Ayant découvert l’existence de la main invisible qui dirige mes pas sur le chemin raboteux, je ne me trouve plus esseulé, et j’apporte à mes actes et à mes paroles une attention rigoureuse, sans du reste toujours réussir. Mais, dès que j’ai péché, quelqu’un m’attrape sur-le-champ, et la punition se présente avec une précision et un raffinement qui ne laisse aucun doute sur l’intervention d’une puissance correctrice. L’inconnu m’est devenu une connaissance personnelle, je lui parle et lui rends grâce, je lui demande des conseils. Parfois je me le figure comme mon serviteur, analogue au Daïmon de Socrate, et la conscience d’être appuyé par les inconnus me rend une énergie et une assurance qui me poussent à des efforts dont je ne m’étais jamais cru capable.
Banqueroutier de la société, je renais dans un autre monde où personne ne peut me suivre. Des évènements insignifiants attirent mon attention, les songes de la nuit revêtent la forme de présages, je considère que je suis mort, et que ma vie se passe dans une autre sphère. »
August Strindberg, Inferno, Gallimard, collection L’imaginaire, 2001.
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