« Ces notes n’obéissent pas le moins du monde à une technique d’association. Elles n’ont rien à voir avec l’art ou la littérature. Je suis réduit à repérer les crêtes des icebergs. C’est tout. Ça ne m’intéresse pas de savoir si on s’y retrouve, ou mieux, j’ai renoncé à être à la fois précis et compréhensible. Je m’intéresse exclusivement à moi et à mon histoire et à ma possibilité de la saisir. Je me fiche des visites parce que de toute façon je ne comprends pas ce que disent les gens. Je ne prends pas mes distances. Je ne suis pas du tout arrogant. Mais je ne peux pas être réceptif à des problèmes ou à des situations qui me sont étrangers. Il m’est impossible de donner des exemples parce que je n’entends même pas ce que disent les autres ou alors parce que je l’oublie aussitôt. J’ai fouillé partout pour trouver une boîte de couleurs parce que depuis plusieurs jours j’ai le désir de peindre. Mais dans cette maison les moyens de s’exprimer n’existent pas. Les gens n’ont pas besoin de ça. »
Bernward Vesper, Le voyage – Roman essai (trad. Hélène Belletto), Hachette, collection Bibliothèque allemande, 1981.