Die reise (Markus Imhoof, 1986).
Avant d’être un film, Die reise est le (l’unique) livre de Bernward Vesper, ou plutôt son autobiographie fantasmée. Bertram, son alter-ego, y a des allures de dandy soixante-huitard, bien loin de la caricature qu’avait dressée de lui von Trotta dans Die bleierne zeit, en intellectuel névrotique. Largué par la mère de son enfant — Dagmar/Grundun Esslin, partie rejoindre les rangs de la Fraction Armée Rouge — et traqué par la police, il traverse l’Italie et l’Allemagne en Volvo, accompagné du petit Florian qui, à ses yeux, porte désormais les espoirs de toute une génération. Bertram ne se reconnaît plus dans le mouvement étudiant allemand et ce que celui-ci a engendré. Vesper aussi en garde un goût amer, alors il réécrit sa propre histoire, altérant parfois grossièrement les faits (sa rencontre avec Baader, par exemple), mais nous offre, en contrepartie, quelque chose de bien plus précieux qu’une biographie rigoureuse : de véritables morceaux de son âme. La fiction n’en est moins pas moins sincère, elle est habitée par les rêves éveillés et les regrets (jusqu’alors, peut-être) inavoués d’un gars toujours lucide. Bertram est celui qu’il aurait intimement voulu être, pas simplement une projection narcissique. Faire un film à partir de ce matériel était un pari risqué, mais Markus Imhoof y est arrivé avec brio, son adaptation réussit même là où Die bleierne zeit peinait à convaincre : raconter la petite histoire, modeste et intime, en marge de la grande. Alors que le film s’achève, le personnage de Bertram semble réconcilié avec lui-même, il aura fait le deuil de ses illusions. Vesper, lui, n’y est sans doute pas arrivé. Il se suicide en 1971.

Die reise (Markus Imhoof, 1986).

Avant d’être un film, Die reise est le (l’unique) livre de Bernward Vesper, ou plutôt son autobiographie fantasmée. Bertram, son alter-ego, y a des allures de dandy soixante-huitard, bien loin de la caricature qu’avait dressée de lui von Trotta dans Die bleierne zeit, en intellectuel névrotique. Largué par la mère de son enfant — Dagmar/Grundun Esslin, partie rejoindre les rangs de la Fraction Armée Rouge — et traqué par la police, il traverse l’Italie et l’Allemagne en Volvo, accompagné du petit Florian qui, à ses yeux, porte désormais les espoirs de toute une génération. Bertram ne se reconnaît plus dans le mouvement étudiant allemand et ce que celui-ci a engendré. Vesper aussi en garde un goût amer, alors il réécrit sa propre histoire, altérant parfois grossièrement les faits (sa rencontre avec Baader, par exemple), mais nous offre, en contrepartie, quelque chose de bien plus précieux qu’une biographie rigoureuse : de véritables morceaux de son âme. La fiction n’en est moins pas moins sincère, elle est habitée par les rêves éveillés et les regrets (jusqu’alors, peut-être) inavoués d’un gars toujours lucide. Bertram est celui qu’il aurait intimement voulu être, pas simplement une projection narcissique. Faire un film à partir de ce matériel était un pari risqué, mais Markus Imhoof y est arrivé avec brio, son adaptation réussit même là où Die bleierne zeit peinait à convaincre : raconter la petite histoire, modeste et intime, en marge de la grande. Alors que le film s’achève, le personnage de Bertram semble réconcilié avec lui-même, il aura fait le deuil de ses illusions. Vesper, lui, n’y est sans doute pas arrivé. Il se suicide en 1971.

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